Un été

Grass and beez

“L’été est une saison qui a un goût de passé ; qu’on peut comprendre comme le verbe “être” à l’imparfait.

Pourtant, c’était parfait, ou presque.
Son été est un temps suspendu pendant lequel elle sent se profiler au présent et au futur de nouvelles épreuves : le corps et le mental résistent solidement, mais quelle tristesse ! Le premier répond par la discipline quand l’autre s’embrouille la plupart du temps en dehors des moments où l’esprit s’évade.

Les yeux mouillés dans l’absence estivale et la multitude des déceptions, les traits se tirent, l’âge avance mais ne recule pas. La vue troublée de près comme de loin, devant les mêmes interrogations, répétitives, elle voit le regard vers le futur et l’écrira un autre été ; mais pas encore celui-là. A cet instant précis, elle conjuguera l’été au présent.”
Août 2016 ©

Rêve 69

Rêve 69

Un rêve en mots, en idées, en dessins, et 68 autres possibilités, plus une émotion.

Elle n’aime guère utiliser ces outils connectés pour écrire : on y tape quand sur le papier ou sur un mur, on écrit tout simplement. Sans violence. Le couple papier-crayon, le seul qu’on ne verra jamais divorcer.
La sphère digitale efface définitivement ce qui est considéré comme mauvais sur le moment, avec la flèche qui revient en arrière sur le clavier. Une touche enfoncée le temps de réduire au vide ce qui ne doit pas être sur le moment. Pourtant, cela a été…

Le papier, empli de gribouillis, garde la trace de ce qui a été écrit, et libre à son lecteur d’y prêter attention ou pas. L’émotion du moment est conservée sous des traits malhabiles ou colériques et renaît avec la même intensité ou différemment sous l’œil de celui qui a posé là, ses écrits à l’époque.

Elle fouille dans une boîte et retrouve des feuilles alourdies par l’encre de stylos à bille ou à plume.
Il n’y a bien que sur le papier que la magie opère : plusieurs lettres forment un mot et plusieurs mots forment une lettre.”
2011 ©

Le temps qu’il fait – Il tempo

Le temps qu'il fait

Il aime cette pluie de printemps fouettée par le vent.
Elle laisse à travers les nuages qu’elle perce, passer les rayons de soleil réconfortants sur le sol en bois de cette pièce où il se trouve depuis trois jours. Seul, ses mains caressent le papier à la recherche d’une douceur.
Cette pluie éclaire la vue après être passée. Elle détraque les nuages qui s’agitent dans tous les sens du vent : la lumière puis l’ombre et de nouveau la lumière.
Entre les immeubles, les arbres agitent leurs feuilles, leurs branches comme s’ils voulaient attraper les nuages ou sortir de leur carcan de béton.
Cette pluie c’est celle-ci, la même qui lui fait entendre un téléphone sonner sur un appel attendu ou une porte s’ouvrir sur une personne attendue. Au fil des heures, la personne se fait de moins en moins attendre…
Les nuages dansent autour de la grue qu’il regarde par la baie vitrée en face de lui. Cette grue, installée sur un chantier urbain, en bord de rue, qui construit du dur, du solide. Il faut que ça tienne. Il faut que ça se construise vite et pas trop mal, à défaut d’être bien.”
2016 ©