La mécanique rouillée

La mécanique

La recherche du crayon…
Sous les papiers éparpillés sur la table, sous l’ordinateur qui diffuse une musique mélancolique, sous les livres en allemand, sous les journaux… elle palpe tous les endroits recouverts de la table à la recherche du stylo, un crayon. N’importe lequel, pour peu qu’il reste de l’encre. Ancrer quelques mots sur son carnet avant que l’ordre des mots ne s’efface de sa mémoire.
L’idée plantée dans son imagination, germe !

Juste à temps, elle le sent sous les feuilles de brouillon. L’excitation était à son pic. Elle n’aura même pas remarqué qu’un pot à crayons se tenait au milieu de cette nappe de papiers.
L’idée est là !

En fond sonore la voix caverneuse du chanteur, avec qui elle fredonne, elle a retrouvé ce stylo. Celui qu’elle avait laissé là, elle s’en souvient maintenant. Elle l’agite sur le carnet à spirales. La main droite pique, tape précisément en plusieurs points de suspension le papier, à la recherche du mot exact, puis elle raye, réécrit la même chose, ou pas tout à fait, avec une nuance. L’idée se dessine et fleurit !

Quand la mine du crayon danse sur les lignes du papier, c’est la mécanique qui se dérouille, c’est le réconfort qui lui donne bonne mine. L’encre huile la mécanique rouillée pour les quelques jours à venir, jusqu’à la prochaine floraison d’idées.
L’idée a fané sur le papier…
Octobre 2016 ©

Or Anges

Or ange

Le téléphone sonne, la lampe éclaire un miroir qui réfléchit.

Qui réfléchit : le miroir ou le reflet ? Un reflet qui réfléchit dans un miroir, cela fait beaucoup de réflexions tout de même.

Pourtant, ne vous y êtes-vous jamais laissés prendre ? S’arrêter sur son reflet à l’instant d’une pensée ; dans un miroir exposé sur un étal de brocante à Paris qui s’illumine et se réchauffe doucement en ce début d’après-midi d’avril.

Munis de nos petites boîtes, nous immortalisons les choses remarquables et les émotions, nous ne réfléchissons pas encore, nous plaisantons, nous rions, nous marchons et lorsque nous nous arrêtons, nous nous regardons sans biais.
Nous nous arrêtons devant ce miroir qui rend le monde plus grand, double. Ce qui se trouve derrière apparaît devant nous aussi ; le monde infini et grand tel qu’il y paraît.

Une main, la mienne peut-être, s’approche d’une petite boîte dans laquelle se trouvent des morceaux de bijoux, des billes, des boutons de chemise et d’autres objets dont il est difficile d’identifier l’usage qu’ils ont pu avoir. Mais ils sont là, une seconde vie leur est offerte.
Cette main, cette boîte, ce miroir, nous ne nous souvenons plus très bien car le temps éloigne jour après jour cet instant. Mais restent la couleur orange et le petit carnet bleu.”
2012 ©

La place de l’automne

Fall falling

L’automne est une jolie saison, le sait-on ?
Entre le printemps et l’hiver, elle hésite. Inévitablement, elle se rallie à faire raccourcir les jours car l’hiver l’attend à bras ouverts. Pour autant, l’automne garde de temps en temps une pensée pour le printemps qui le laisse partir. C’était bien, doux.

Le printemps et l’automne ne mesurent l’intensité de leurs retrouvailles annuelles qu’au moment de se dire au revoir. A moins que tout soit détraqué, à nouveau cette année, et que l’été s’en mêle en faisant son apparition trop ensoleillée pour brouiller les pistes.

Toujours est-il que l’automne a sa place quelque part au milieu d’une route. Endroit insoupçonné, c’est ici qu’il y est installé toute l’année. Il délimite deux voies sans savoir laquelle prendre ; imprimé sur le sol il reste là, jusqu’à ce qu’un jour on modifie le tracé. C’est alors ailleurs qu’il faudra le chercher.”
2014 ©